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Il y a quelques mois, une des athlètes de mon club de gymnastique – appelons-la Catherine – s’entraînait pour réaliser un mouvement de haute difficulté technique au sol. Elle était résolument tournée vers son objectif : exécuter cet élément lors de la prochaine compétition, qui arrivait à grands pas.

Plus on avançait dans le temps, moins l’objectif devenait réaliste. Catherine arrivait à exécuter le mouvement avec un pareur à côté d’elle, mais la technique était trop variable pour la laisser aller complètement seule. Plus elle s’acharnait, moins ça fonctionnait.

Déçue et fatiguée, le lendemain d’un entraînement particulièrement difficile, Catherine me dit : “Je commence à accepter qu’il est possible que je n’arrive pas à présenter mon mouvement lors de la prochaine compétition.”

Qu’est-ce qui s’est passé à l’entraînement ce jour-là? Catherine a réussi à améliorer considérablement son exécution technique, à un point tel que lors de ce même entraînement, elle a pu réaliser son mouvement seule.

Qu’est-ce qui a causé un tel changement en si peu de temps?

Le problème de la bougie

Pour arriver à la réponse, je te présente d’abord le problème de la bougie de Duncker.

Le test consiste à faire entrer le sujet dans une pièce dans laquelle se trouve une table. Sur cette table sont posées une bougie, une pochette d’allumettes et une boîte de punaises. L’expérimentateur demande au sujet de fixer la bougie au mur sur un tableau de liège sans que la cire tombe sur la table située en dessous. 1

Pour arriver à la solution, certains sujets tentent de fixer la bougie avec les punaises. D’autres essaient de faire fondre la cire pour coller la bougie au mur. Au bout de quelques minutes, la majorité trouve la solution, qui consiste à vider la boîte de punaises et la fixer au mur pour y mettre la bougie.

Dans la vidéo TED Talk The Puzzle of Motivation, Daniel Pink discute du problème de la bougie et présente l’expérience de Sam Glucksberg, chercheur à l’université de Princeton.

L’expérience de Glucksberg

Connaissant le problème de la bougie, Glucksberg décide d’aller plus loin et de vérifier l’impact des récompenses sur la vitesse de résolution du problème. Il rassemble les participants et leur dit qu’il va chronométrer leur performance. Il divise le groupe en 2 sous-groupes :

  • Aux participants du groupe A, il dit : “Je vous chronomètre dans le but d’établir une norme, la durée moyenne que cela prend à une personne pour résoudre ce problème.”
  • Aux participants du groupe B, il dit : “Ceci est un concours. Je vous donne 5$ si vous êtes parmi les 25% plus rapides, et je donne 20$ à celui qui sera le plus rapide aujourd’hui.”

À quel point le groupe B a-t-il été plus rapide que le groupe A?

En moyenne, le groupe B a pris 3 minutes et demi… de plus que le groupe A pour trouver la solution.2

La motivation extrinsèque

Dans notre société, on a appris que la récompense, ou la motivation extrinsèque, est un moteur puissant qui nous pousse à performer. On appelle motivation extrinsèque, la circonstance extérieure à l’individu qui provoque son action. En sport, ça peut se traduire par les médailles, le temps de jeu, la reconnaissance des pairs ou de l’entraîneur, la pression sociale, des cadeaux et même des bonus en argent. Dans le cas de Catherine, peut-être était-ce le désir de performer un mouvement qui lui apporterait un certain prestige, ou encore l’approbation de ses parents et entraîneurs.

3 raisons pourquoi oublier la médaille augmentent tes chances de la gagner

Les récompenses sont censées être là pour nous motiver à exceller. Selon cette logique, penser à la médaille que l’on veut gagner à l’entraînement ou en compétition devrait nous inciter à performer au meilleur de nos capacités. Pourtant, l’expérience de Glucksberg et l’exemple de Catherine démontrent qu’avoir une source de motivation extrinsèque provoque l’effet inverse. Pourquoi?

Parce qu’en sport, il faut savoir s’adapter.

Selon Pink, se concentrer sur la récompense ou l’objectif final engourdirait l’esprit, diminuerait la capacité d’analyse et réduirait la créativité. La promesse d’une récompense fonctionne quand :

  • La tâche est répétitive;
  • Les règles sont simples;
  • Le but est clair et il n’y a qu’une seule solution.

Dans sa présentation, Pink explique que Glucksberg a réalisé une autre étude, dans laquelle les participants se trouvent devant les mêmes objets, mais les punaises se trouvent maintenant hors de la boîte. Comme pour le test précédent, il explique au groupe A qu’il chronomètre les participants pour établir des normes, alors qu’il dit au groupe B que l’expérience est une compétition. Dans ce cas-ci, le groupe B ressort grand vainqueur. Pourquoi?

Parce que, lorsque les punaises se trouvent hors de la boîte, trouver la solution au problème est beaucoup plus facile! Le participant ne voit plus la boîte comme le récipient des punaises, mais plutôt comme un outil qu’il peut utiliser pour résoudre le problème. La tâche est simple et demande peu d’analyse. L’esprit est alors très concentré sur le résultat et il va droit au but.

Or, dans la première version du problème de la bougie, ou encore dans la situation de Catherine, la solution ne se trouve pas droit devant. Pour la découvrir, il faut être capable d’élargir ton champ de vision, faire preuve d’analyse et de créativité. En d’autres mots, you must think outside of the box. Un focus exclusivement concentré sur la récompense ou le résultat final ne te permet pas de lâcher prise et d’atteindre cet état d’esprit. Les études démontrent que dès qu’une personne doit faire appel à ses capacités cognitives, la promesse d’une récompense mène à une diminution de performance.

En sport, la tâche est rarement simple. En entraînement ou en compétition, tu dois constamment être en mode “résolution de problème”, tu dois tenir compte d’un grand nombre d’éléments pour prendre une bonne décision et donner la meilleure performance possible.

Parce que c’est le processus qui te conduira au résultat.

Les récompenses et les sources de motivation extrinsèques nous donnent un focus très précis, elles nous poussent à rechercher une solution, celle qui nous fera atteindre notre but le plus rapidement possible. Quand on ne trouve pas la solution immédiatement, on devient de plus en plus tendu, et de la même façon que le stress réduit la vision périphérique, il réduit aussi le champ des possibilités de l’esprit. On arrive de moins en moins à changer notre perspective et à voir la situation sous différents angles.

Dans le cas de Catherine, lorsqu’elle a enfin lâché prise sur le résultat et la compétition à venir :

  • elle a pu réfléchir et analyser la situation – ce qu’elle ne faisait plus, car chaque fois qu’elle n’exécutait pas le mouvement correctement, son premier réflexe était de vivre du stress par rapport à l’échéance qui se rapprochait;
  • elle est arrivée à se concentrer sur ses sensations physiques;
  • elle a pu découvrir de nouvelles solutions qui ne lui étaient pas accessibles dans l’état d’esprit où elle se trouvait avant.

En d’autres mots, Catherine a commencé à se concentrer sur le processus d’apprentissage, et non sur le résultat.

Parce qu’il y a une différence entre vouloir et avoir besoin.

En sport, comme dans la vie, il est essentiel de nommer ce que l’on veut pour nous, ce que l’on veut atteindre et obtenir… dans la mesure où on est prêt à faire face au résultat, quel qu’il soit. À se faire dire oui ou non, à réussir ou à échouer.3

Quand on s’accroche, quand la récompense devient nécessaire, un besoin vital pour être heureux, quand on veut à tout prix contrôler le résultat, alors on ferme la porte à la créativité et à l’intuition qui pourraient nous indiquer la route.

Cela prend beaucoup de courage de se lancer et de faire savoir au monde ce que l’on veut vraiment. L’athlète qui affirme à son entourage ou aux médias qu’il veut gagner la médaille s’expose à l’échec. Et il arrive que la perspective de cet échec fasse tellement peur qu’on ressente le besoin de prendre le contrôle à tout prix de notre performance, afin d’éviter une possible humiliation. Ultimement, ce besoin de contrôle est ce qui pourrait bloquer l’accès à notre plein potentiel.

La motivation intrinsèque

La motivation intrinsèque est celle qui nous conduit le plus sûrement au succès. Dans sa présentation, Pink décrit 3 éléments qui composent la nouvelle approche des entreprises basées sur la motivation intrinsèque :

  • Autonomie : le désir de diriger sa propre vie.
  • Maîtrise : le désir de se surpasser pour réaliser quelque chose qui compte.
  • Grand but : le désir d’accomplir au service d’une cause plus grande que soi.

Pour illustrer l’autonomie, Pink donne l’exemple d’une compagnie de logiciels australienne, Atlassian, qui organise des journée Fedex. Les employés choisissent sur quoi ils veulent travailler durant 24 heures et la seule condition est qu’ils doivent livrer quelque chose le lendemain. Il présente aussi le concept 20 Percent Time de Google, où les employés peuvent accorder 20% de leur temps à n’importe quel sujet. Environ la moitié des produits Google, comme Gmail et Google News, serait née du 20 Percent Time chaque année.

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Sport et motivation intrinsèque

De quelle façon l’approche de la motivation intrinsèque pourrait-elle s’appliquer en sport?

En tant qu’athlète :

  • Accorde-toi des moments libres, où tu choisis sur quoi tu veux travailler, sans penser à la compétition qui s’en vient et à ce que tu « devrais » faire.
  • Lance-toi des défis, de nouvelles habiletés à développer, et choisis un niveau de difficulté qui est juste au-dessus de ce que tu maîtrises maintenant.
  • Trouve ton grand but, ce que tu veux accomplir, comment tu veux faire une différence. Identifie pourquoi tu fais tous ces efforts, ce qui te pousse à continuer dans les moments difficiles.4

En tant qu’entraîneur :

  • Accorde des périodes libres à tes athlètes. Je l’ai fait plusieurs fois avec mes athlètes, et de belles surprises en ressortent chaque fois – des nouveaux mouvements ou des bonds de géant dans la compréhension et la maîtrise.
  • Lance des défis à tes athlètes, pousse-les à sortir de leur zone de confort – juste assez loin pour qu’ils se sentent inconfortables mais qu’ils sachent qu’ils ont les moyens de relever le défi.
  • Développe la vision de ton équipe ou de ton athlète, la cause pour laquelle chacun va redoubler d’effort.5

Le moment présent

Vouloir obtenir une médaille, de l’argent, ou encore de la reconnaissance, sont des éléments externes sur lesquels on a peu de contrôle, à moins de se concentrer sur le processus qui mène à ce résultat. Et le processus, il se déroule ici et maintenant. La motivation intrinsèque fait appel à ce qui nous inspire et nous ancre dans le moment présent, dans le plaisir que l’on a à pratiquer notre sport et dans le sentiment d’accomplissement que l’on vit à chaque pas qui nous rapproche de notre grand but.

The present moment is the only moment available to us and it is the door to all other moments. – Zen Master Thich Nhat Hanh

Suggestions de lecture

You’re Sinking because You’re Trying Too Hard: Thoughts on Letting it Go and Letting it Be

Motivation – Pink (Three Elements of Intrinsic Motivation)

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Notes de bas de page

  1. The Candle Problem
  2. The puzzle of motivation
  3. 2 Signs that We’ve Crossed the Line between Wanting and Needing
  4. 3 Steps To Mentally Prepare During The Offseason
  5. 3 Steps To Mentally Prepare During The Offseason

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