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Question de Mathilde, joueuse d’ultimate

Je suis une joueuse qui a très peur de faire des erreurs en match. Je performe bien jusqu’à ce que j’exécute un mauvais lancer, ou que j’échappe un disque. Je ne me donne aucun droit à l’erreur et ça prend toute la place dans ma tête. Quand je commets une erreur, je deviens très stressée et j’ai définitivement moins de plaisir.

Je me mets beaucoup de pression et ça m’empêche d’exécuter tous les lancers que je maîtrise. J’ai souvent peur de lancer vers l’avant, je préfère le lancer vers l’arrière, facile et sans risque.

Bref, quand je fais une erreur, ça m’envahit. Je ne suis pas capable de me dire “on s’en fout”. J’ai très peur que les autres pensent que je ne suis pas à la hauteur. Ça me préoccupe énormément. Donc pour me sentir bien, je dois avoir fait un match sans erreur. Tu imagines la montagne dans ma tête en pensant au tournoi qui s’en vient!

Lors de la dernière pratique, j’ai échappé le premier disque que j’ai touché… et c’est resté dans ma tête tout le week-end. Donc mon défi, c’est mon mental pendant un match. Mon bla bla interne prend énormément de place et je n’arrive pas à m’en départir. J’aimerais avoir du plaisir mais ceci prend le dessus complètement!

Ma réponse

Mathilde, quelle belle introspection! Le fait que tu aies trouvé les mots et que tu sois arrivée à décrire ce que tu vis, indique que tu as déjà franchi une étape vers une plus grande liberté mentale. La prise de conscience, selon moi, c’est plus de la moitié du processus. Tu es maintenant prête à définir tes intentions, et à choisir les actions à entreprendre pour obtenir le résultat que tu souhaites.

Dans le passé, tu sembles avoir ardemment cherché à éviter tes erreurs. C’est normal. Parce que quand ça se produit, tu te sens stressée et ça diminue ton plaisir, et aussi parce que tu veux éviter que les gens te jugent.

Quand on vit un évènement qui nous affecte beaucoup, on a deux choix :

  1. On évite la situation à tout prix pour qu’elle ne provoque pas en nous les émotions « négatives » (qui nous rendent inconfortable) ;
  2. Ou on pose des gestes qui vont entraîner un changement dans notre perception de la situation. Lorsque la perception est modifiée, alors les émotions se transforment aussi.

Le jour où j’ai dû faire face à mes plus grandes peurs

La plupart du temps, on choisit spontanément la première solution. C’est ce que j’ai fait il y a quelques années, quand j’ai dû relever un grand défi personnel. À partir de l’âge de 20 ans, j’ai souffert de crises de panique pendant plus de 10 ans. J’ai commencé à sortir de moins en moins souvent avec des amis, et j’évitais toutes sortes de situations dans ma vie – celles qui étaient susceptibles de provoquer mes crises. J’étais prisonnière de mon anxiété.

J’ai dû déménager à Vancouver, me débrouiller dans une langue que je ne maîtrisais pas et faire face à une situation où la seule façon d’avoir une vie sociale était de sortir de ma coquille, d’accepter d’être très imparfaite et de rencontrer des gens que je ne connaissais pas, puis déménager à Montréal et reconstruire ma vie sociale… pour enfin redevenir celle que j’étais dix ans plus tôt!

Les premières fois où j’ai dû sortir de ma zone de confort (qui était devenue très étroite avec le temps), j’étais terrifiée. Mais je savais que je devais le faire. J’avais pris un engagement avec moi-même : j’avais choisi de faire face à la situation. Alors j’ai respiré, et pas à pas, j’ai appris à me détacher de ces émotions qui me paralysaient complètement.

Comment est-ce que j’y suis arrivée?

  • J’ai décidé d’accepter que certaines situations me faisaient vivre du stress, de l’anxiété et d’autres émotions avec lesquelles je n’étais pas à l’aise.
  • J’ai choisi de vivre ces situations comme autant de défis potentiels à relever pour moi, pour me permettre d’évoluer et de me libérer. J’ai commencé à parler de mes crises de panique tout en acceptant qu’il se pourrait que je sois jugée.
  • J’ai élaboré un plan d’action pour progresser, avec des petits gestes et des petites étapes qui m’ont poussée à élargir de plus en plus ma zone de confort pour atteindre mon but.

Éviter une situation, ou saisir sa chance?

Auparavant, mon objectif était d’éviter à tout prix d’avoir des crises. Et pourquoi était-ce mon but? Parce que les crises me rendaient inconfortable, à l’intérieur de moi et vis-à-vis les autres. Toutefois, avec le temps j’ai réalisé que l’évitement réduisait mon sentiment de liberté. Je n’étais plus libre d’aller où je voulais, ou de faire ce qui me plaisait, au moment où je le souhaitais. J’ai alors compris que je pouvais voir cette situation comme une opportunité de grandir et d’évoluer.

Quand j’ai quitté Québec pour emménager à Vancouver, mon objectif a changé : j’ai décidé de trouver une nouvelle voie pour me sentir bien, qui n’impliquait pas de me mettre en cage et d’éviter des situations. Je voulais être libre. J’ai dû rassembler mon courage… car franchir une étape comme celle-ci implique de vivre une période d’inconfort. J’ai dû faire face à mes émotions et apprendre à les gérer.

Mon message, c’est que tu peux choisir :

  1. D’accepter que ce genre de situation te fait vivre des émotions inconfortables, que tu n’es pas obligée de t’en protéger, que c’est ok de le vivre comme ça et que les circonstances ne font pas de toi une joueuse qui a moins de valeur.
  2. De voir la situation comme un défi à relever. Tu es une athlète, tu sais relever les défis! Ton objectif « jouer un match parfait, sans erreur » pourrait se transformer en « apprendre à accepter les erreurs comme faisant partie de mon processus de joueuse si je veux aller encore plus loin dans mon sport ». Parce qu’en réalité, tu te bloques de plusieurs opportunités en mettant autant de limites à ton jeu.
  3. D’élaborer un plan d’action pour y arriver. Te donner plusieurs petites étapes où tu te pousses à sortir de ta zone de confort.

Plonger délibérément dans les émotions désagréables

La plupart du temps, on associe « sortir de la zone de confort » à « jouer contre une équipe de haut niveau » ou « affronter les éléments » (la pluie, le vent)… Mais ça va plus loin que ça : sortir de ta zone de confort, c’est plonger délibérément dans les émotions désagréables et apprendre à vivre avec!

Souvent, nous percevons la situation comme étant TELLEMENT épouvantable qu’on ne peut même pas s’imaginer la vivre… Un truc pour dédramatiser : visualise que ta plus grande peur se concrétise. Quelles sont les conséquences? Est-ce si dramatique? Si tu faisais trois erreurs lors de ton premier match cette saison… quelles en seraient les conséquences? Tu seras certainement encore appelée à embarquer sur le terrain, tu feras toujours partie de l’équipe, tes coéquipières demeureront solidaires (elles en font, des erreurs, elles aussi!) et tu joueras encore à l’ultimate sous le soleil… Les plus grandes conséquences seront fort probablement les émotions auxquelles tu ouvriras la porte, si tu laisses le doute s’insérer dans ton esprit et si tu répètes mentalement tes erreurs encore et encore. Au bout du compte, c’est toujours ton esprit qui continue à faire vivre l’erreur.

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Programmer une nouvelle réaction et relativiser

Pratiquer la visualisation adaptative t’aidera à créer une nouvelle réponse à la situation et à l’entraîner. Tu peux commencer par là. Tu imagines que tu fais une erreur, tu vis les émotions qui viennent avec et tu te fais un petit plan de gestion. Tu crées un processus systématique : par exemple je respire, je tape dans mes mains, je me concentre ma défensive. Si une pensée surgit par rapport à mon erreur, je la laisse aller sans m’y accrocher. Je reste neutre.

Plus tu répètes tes erreurs dans ta tête, plus elles deviennent le centre de ton attention et plus tu entretiens les émotions qui viennent avec. C’est normal de vivre de la frustration ou du stress par rapport à ça, l’important c’est de s’en détacher et de rediriger l’attention ailleurs. En complément avec la visualisation adaptative, des exercices de pleine conscience, relaxation et/ou méditation peuvent t’aider à progresser à ce niveau, pour prendre conscience de tes patterns, de tes automatismes et prendre de la distance avec les scénarios catastrophes, les conséquences et le mind reading (te demander ce que les autres pensent) qui ne sont que des constructions (très réelles j’en conviens!) de ton esprit.

To be beautiful means to be yourself. You don’t need to be accepted by others. You need to accept yourself. -Thich Nhat Hanh

Quand tu t’engages envers toi-même à cesser de faire des compromis à propos de qui tu es, à ne plus laisser la peur t’imposer ses limites, quand tu choisis de t’élever au-dessus du jugement des autres et de t’accepter totalement et inconditionnellement… alors tu deviens libre et tu te permets de rayonner. Ainsi, tu donnes la chance à tes proches et à tes coéquipières d’aimer et d’apprécier la personne que tu es réellement.

 

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photo credit: nathanhalesentinel IMG_8271 via photopin (license)

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